La grande salle est bruyante, entre ces murs neufs et ce toit qui semble s'éloigner vers l'infini du ciel, tous sont là. Les discussions vont bon train, les amis se retrouvent dans cet endroit solennel dans un vacarme paisible. Ils sont venus le voir une dernière fois, lui qui s’en va. Au début je n’y croyais pas, je ne pensais pas qu’il partait vers notre rêve à tous, vers ce qui nous permet de nous dire que nous ne sommes plus des parias et que nous sommes ici par choix, mais maintenant je sais qu’il part, parce que je suis ici pour lui dire au revoir, même si je sais que je ne le verrais probablement plus jamais.
C’est étrange, de se dire que celui qui vous a mené à être considéré comme un « homme » par tous ces gens autour de vous va partir, qu’il ne va plus être là. Je n’ai pas prêté attention au moment où ils m’ont considéré comme un homme, j’étais sans doute trop jeune, mais à présent je me rends compte que c’était une étape, même si sur le moment elle ne signifiait pas beaucoup de choses pour moi. Cet homme qui part, je ne l’ai pas beaucoup connu, enfin, trop peu. Il avait ses idées, j’avais les miennes, mais pourtant je sentais qu’il était important, que pour tous ces gens réunis, il était quelqu’un. Et j’avais du respect pour lui.
Apprendre qu’il allait partir fut un choc, je ne m’imaginais pas que d’ici, il y ait eu une sorte de porte de sortie vers là-bas, vers notre Terre. Je pensais que seuls les autres pouvaient le faire, qu’il fallait être une sorte de surhomme. Pourtant quelqu’un de notre communauté allait partir, quelqu’un de tout proche. Tout d’un coup tout semblait réel, le voyage qu’il allait entreprendre, la maison qu’il allait habiter, la vie qu’il allait mener, et, pour moi, tout se concrétisait, c’était donc possible. Moi aussi, un jour, j’irais.
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