Time To Leave

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Sainte Parole

Nouveau
 "Sac à Cadavre"
100% Biodégradable

HAHAHAHAHA MOUHAHAHAHA

Lundi 8 août 2005

Marchez tranquillement au travers d’une grande ville (Française, Suisse, peu importe) et vous vous rendrez compte que le nombre de jeunes d’origine étrangère qui traînent et passent leur temps à insulter les passants, être envahissants et finalement provoquer la peur des gens. Comment se fait-il que dans un état aussi fliqué que la Suisse des situations pareilles puissent exister ? Tout porte à croire que la police n’est pas préparée à faire face à ces problèmes, tout comme la CIA n’était pas prête à affronter le terrorisme islamiste en 2001. Dans nos contrées, on se préparait plutôt aux grands cambriolages et autres enlèvement de personnalité qui eurent lieu dans les années 70. Aujourd’hui la police doit faire face à une nouvelle délinquance, peu ou pas organisée mais bien présente. Des armes ne servent à rien contre des jeunes qui traînent, des mots par contre… L’état n’est pas prêt à affronter ces problèmes, pourquoi ? Parce qu’au moindre renvoi d’étranger, le pays qui renvoie se fait taxer de racisme, mais qui peut tolérer que des étrangers accueillis fassent de ce pays d’accueil un terrain de jeu ?

 

Certes, le renvoi n’est pas bien appliqué (on revoit surtout des immigrés qui n’ont encore rien fait), ni vraiment indispensable. Mais il faut bien punir ces gosses, ou mieux, les responsables de cette situation : leurs parents. Pourquoi ces jeunes traînent-ils ? Parce qu’on ne leur a pas appris que la France ou la Suisse les a accueillis et qu’ON NE MORD PAS LA MAIN QUI NOUS NOURRIT. Parce que les parents ne fixent aucune limites à leurs gosses, et de toute façon l’état fait de même : un jour de travail d’intérêt publique, mon Dieu, ça dissuade, ça… Au pire, c’est 5 heures au poste puis hop, dans la nature avec des recommandations « Ne le refais pas hein » et la réponse « Non, non… ». En fait, le système créé des délinquants qui, s’ils se calment vers 25 ans maximum, sont des plaies pour la société et les citoyens honnêtes. Il faut doter la justice d’armes plus puissantes que le simple coup de fil aux parents qui produit généralement un effet nul. Il faut punir les parents pour les actions des enfants dont ils sont responsables. Pendant une courte période, est apparue en France une loi visant à supprimer les allocations familiales en cas de délit de l’enfant, pourquoi ne pas la remettre au goût du jour ? Certes, des parents stricts seraient peut-être punis, la mesure pourrait être qualifiée de fascisme etc… mais admettez qu’il faut bien que quelqu’un se bouge pour enrayer cette dégradation du climat dans nos rues et dans nos cages d’escalier… Enfin, paraît que De Villepin se bougera à la rentrée en s’attaquant au problème des cités, je demande à voir, quand même.

Par Frank' - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 6 mai 2005

Un silence profon reigne dans la maison luxueuse des Smith. Dehors, le temps est radieux, Madame Smith prend son bain de soleil quotidien dans le petit, mais néanmoins parfaitement entretenu, jardin de la demeure famillale. Tout est tranquille, dans cette petite banlieue de Los Angeles, tout a toujours été tranquille. Il faut profiter du calme: Lara n'est pas encore de retour.

Lara? C'est la terreur de la petite localité, l'enfant trop gâtée, la râleuse. Tout le monde, en son for intérieur la déteste, mais personne ne peut lui résister, car Lara a ce qu'on appelle "charme", un sourir angélique de la gamine de trois ans et le guerrier le plus endurci lui tomberait à genou. Lara est comme ça, râleuse mais charmeuse, gâtée mais détestée, une somme de contradiction pour un être au final inexplicablement attirant.

Soudain, la trève instauré par l'absence de Lara se rompt, d'un coup, dans un fracas de porte qui claque. L'enfant arrive, avec son regard inquisiteur et ses airs de reine, suivie par son 'disciple': son propre père qui parait, sous le poids des affaires de Lara, un serviteur dévoué. La quiétude est brisée, chacun doit être à son post, il faut que la princesse soit accueillie parfaitement. Avec un zèle commun à ceux qui cherchent la promotion, madame Smith informe sa fille d'un anniversaire le lendemain. Malgré le coeur qu'elle y met, rien n'y fait, Lara s'en fiche éperduement. D'ailleurs, elle a mieux à faire, il faut qu'elle se nourisse, pour ça, elle crie à tue-tête qu'elle est sur le point de mourir pour cause d'absence de nourriture.

Après un copieux goûter, Lara se dirige vers les grands escaliers de la maison afin d'accéder à la salle de jeux située au dernier des trois étages de la bâtisse. Au milieu de tous les jouets aux couleurs aussi éclatantes que diverses, se trouve un pantin, presque quelcquonque. Il traîne là, avec ses bras balants et sa peinture écaillée. Oui mais c'est LE pantin de Lara, et c'est d'ailleurs son jouet préféré.

La fillette s'assure qu'il n'y a pas de nouveau jouet à se mettre sous la main avant de sautiller gaiement vers le pantin.Elle le saisit par les ficelles et commence à le faire se déplacer. Longuement, elle lui parle de tout et de rien, prenant plaisir à diriger ce bout de bois. Puis, elle entend sonne à la porte, un bref coup d'oeil à la fenêtre: Marie, la voisine est sur le proche, Lara jette alors le pantin et dévale les escaliers pour rejoindre son amie.

Le lendemain, c'est le jour où passe la femme de ménage. Alors que celle-ci nettoie la salle de jeux, elle remarque le pantin. Intriguée de voir un jouet aussi délabré traîner dans une aussi majestueuse maison, elle décide de le montrer à madame Smith. Lorsqu'elle le voit, Madame Smith ne peut s'empêcher de pousser un petit cri, comment? Comment sa fille pouvait-elle posséder un tel jouet? Mystère. Sûrement un ami, pense-t-elle, oui on l'aura oublier là. Elle le fait immédiatement jeter aux ordures.

A son retour de l'école, Lara prend son goûter avant de monter dans sa chambre pour se préparer à aller à l'anniversaire. Sa mère lui crie qu'elle a une demie-heure d'avance et qu', ainsi, elle peut jouer un petit moment. Lara s'exécute et monte les marches de l'escalier quatre à quatre. Lorsqu'elle arrive dans la salle, elle cherche du regard son pantin, mais elle ne trouve rien. Elle cherche désespérément, mais rien. Elle descend alors interroger sa mère:

"Où est mon pantin?"

"Ah, 'ça'? Je l'ai jeté, il était très vilain tu sais..."

"Jeté? Mais... Dommage, il me divertissait bien... quand je n'avais rien à faire"

Par Frank' - Publié dans : Divagations Transcendantes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 5 mai 2005



Pour les incultes qui ne connaîtraient pas In Flames, il s'agit là du plus célèbre groupe de Death Metal mélodique (plus célèbre mais pas forcément le meilleur). Je vais pas vous dispenser d'une biographie qui serait aussi rébarbative que déjà faite, puisque justement, ça a déjà été fait, si vous voulez absolument tout savoir sur eux, cherchez sur google.

Donc, il y a pas longtemps est sorti Soundtrack To Your Escape, nouvel album de la formation suédoise. Depuis Reroute to Remain, on peut dire que le groupe a perdu sa touche magique, plongeant dans un néo-metal des plus affligeant et basique. Je suis peut-être là un peu dur, mais cette séverité est à la hauteur de ma déception à l'écoute de Reroute To Remain... Bref, In Flames a perdu ce qu'ils faisaient depuis toujours, c'est à dire un death mélodique recherché.

Soundtrack to your escape est un album qui plonge encore dans le néo, à mon grand regret. On sent comme une perte de vitesse dans la formation, comme si tout n'allait plus très bien. Certes, il faut savoir se renouveler, mais là, c'est un peu trop changer de style. Les refrains ne sont plus à la hauteur, enfin, je pense. La guitarre n'est plus aussi travaillée, on se rapproche très dangereusement du néo absolu.

Certains morceaux restent intéressants, comme The Quiet Place, qui me plait bien. Evil In A Closet est pas mal aussi, mais très calme. Clayman est si loin... Et je parle même pas de The Jester Race, qui est le meilleur album du groupe selon moi.

Bref, moyen moyen, si vous êtes fan de Reroute To Remain, laissez-vous tenter, sinon rabattez-vous sur un Dark Tranquillity.

 

 

Par Frank' - Publié dans : Musique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 4 mai 2005

De toutes les terreurs de ce monde, de toutes les peures envahissantes, de toutes les frayeurs et cauchemars, il est un mal qui les vainc tous. Ce fléau ne se répend pas par la violence, il n'est pas une rupture brusque du quotidien, et c'est peut-être ça qui le rend si terrible. De par sa nature, ce mal est une souffrance discrète, invisible pourtant bien présente, comme l'agonie difficile d'une fin de vie.

Ce mal si terrible, ce cauchemar, est le silence. Angoisse traumatisante, le silence s'installe toujours après le dialogue, il est tout d'abord pesant, mais ce n'est là que le prélude d'une période bien plus terrible. Les évènements qui suivent sont encore plus éprouvants que cette sentation de manque d'air, plus horribles encore que ce poids sur nos épaules. L'espoir. Voilà un beau mot, mais qui, dans les circonstances actuelles, conduit à la perte pure et simple du contact humain et par là même, de l'humanité de celui qui subit le silence. L'espoir, donc, d'un renouveau, l'espoir que le vide n'est que passagé, il ne s'agit là que d'une pure illusion qui rend la chute encore plus difficile et dure à accepter. Car le silence, une fois installé, ne quitte plus ses malheureuses victimes, tel un cancer se propageant dans l'organisme pourtant bien rodé des relations.

 

Après avoir été pesant, avoir été désillusion, le silence devient le théatre sombre des pires représentations que l'esprit peut produitre, on cherche le bruit, les cris, on ne trouve qu'une bouille à peine audible, car si le silence du corps est terrible, celui de l'esprit est le démon des hommes sensés de ce monde. Pour combler le vide, on s'assourdit mais rien n'y fait, le silence est un prédateur trop efficace pour être combattu, le bruit ne guérit aucun maux et la fatalité s'installe.

 

Lors des nuits de ténebres qui ne sont que le résultat de l'isolement dû au silence, lors de ces nuits tourmentées où tout se mélange et où le sommeil relève du calvaire, on se prend à rêver. D'abord les rêves fous de la fin de l'hiver, de la fin de cette barrière invisible et pourtant opressante, on imagine comment la parole reprendra ses droits, comment on abordera les premiers échanges, tous ces rêves font partie de la terrifiante machine qui se met en route dans le seul but de faire tomber ses victimes dans une éternité de douleur silentieuse, toujours.

 

Après ces rêves tintés d'espoir et de naïveté candide, commencent les souvenirs. Brefs, courts, intenses. Alors que la fièvre de la démence prend le dessus, les discussions passées refont surface. Maigres instants, que dans ce lit d'agonie qu'est la solitude, on juge bonheur exrême, mais qui, parce qu'on ne les estimait pas assez privilégiés, n'ont pas été gardés intactes, et qui ce, à cause de ça, encore plus fous et utopistes.

 

Toute cette triste machinerie ne fait pas d'exeptions, n'épargne personne. Il serait faux de croire que le silence peut-être brisé d'une liasse de billets, non, le silence est bien trop cruel, bien trop froid pour faire des distinctions.

 

à L.

Par Frank' - Publié dans : Divagations Transcendantes
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 4 mai 2005

Aujourd'hui je suis assis sur cette chaise, sûrement la dernière de ma vie. Je me fais vieux, trop vieux. Cette lettre fini l'oeuvre d'une vie gâchée par les atrocités de la guerre. Je ne suis pas là pour vous parler de la guerre, je ne suis qu'un homme modeste qui n'a que la prétention de finir sa vie le coeur léger.

 

C'était en mai 1918, la fin de la guerre était prévisible. Je ne l'avais pas vécu, trop loin des lignes de front, ma petite ville du centre de l'allemagne avait été totalement épargnées, nous n'avions même pas reçu d'ordre de mobilisation, sans doute un oubli de l'administration. De toute façon, les jeunes étaient très peu, les jeunes garçons encore moins, dans cette localité trop tranquille. Mais comme la guerre se finissait et que les troupes venaient à manquer à l'Allemagne, ils cherchèrent partout des garçons d'une vingtaine d'année. Je n'avais que 19 ans mais en paraissait 25 environ.

 

Nous nous doutions bien que cette vie ne durerait pas, en effet, de plus en plus de lettres de Berlin annonçaient une mobilisation des "nouveaux effectifs" qui serait menée par des officiers de l'armée allemande durant les prochaines semaines. Ce fut un jour pluvieux de septembre qu'une voiture s'arrêta au centre du village. Un homme en uniforme en descendit lentement du véhicule avant de se poster fièrement au milieu de la petite place, il demanda alors à son assistant de coller des affiches partout dans les rues afin de prévenir qu'on viendrait chercher les nouvelles recrues quelques semaines plus tard.

 

Au jour dit, nous avions faits nos valises, nous ne nous faisions pas d'illusions, la guerre était proche de la fin, nous n'aurions pas à beaucoup combattre avant la capitulation. Une fois rassemblés sur la place, sous un soleil timide, nous fûmes appelés par l'officier. Deux gamins de 17 ans furent écartés, les autres, une dizaine de jeunes gens, partirent avec moi pour le centre de Leipzig. Je ne me souviens plus du voyage, la seule chose que je sais c'est que nous fûmes parqués, nous, jeunes de la campagne, au milieu d'une place déserte. Nous attendîmes, combien de temps? Je ne sais plus, mais je sais que ce laps de temps me parut une éternité.

 

Enfin, on vint nous chercher pour nous emmener en périphérie de la ville, quelques soldats de services mal à l'aise de devoir nous conduire nous servirent d'escorte jusque vers la banlieue. Au milieu d'un quartier aisé, se dressait un bâtiment dont je me rappelle avec peine. Le seul souvenir que j'ai de cet endroit est cette humidité qui se dégageait, puis cette sensation désagréable qu'un sale boulot nous attendait, nous avions la tête de l'emploi dans nos habits de civils généralement troués et trop courts. Certains du groupe plaisantaient à propos de tout et n'importe quoi, mais mon regard était fixé sur ces voitures dont les portières étaient renforcées et les vitres remplacées par des barbelés. A quoi pouvaient-elles servir?

 

Mes interrogations furent dissipées quand un homme d'un certain âge, trop vieux pour aller au front, me dis-je, s'approcha de nous pour nous indiquer l'endroit où nous devions revêtir nos uniformes. Quelque chose n'allait pas, pourquoi n'avions-nous pas de dortoir? Peut-être étions-nous de passage ici? Je n'en savais trop rien. L'homme nous demanda d'aller revêtir immédiatement nos uniformes et de nous rassembler ensuite dans la cour. Nous nous dirigeâmes donc vers les baraquements où se trouvaient nos uniformes. A en juger par son apparence, le complexe dans lequel nous nous trouvions n'avaient pas été entretenu depuis des années et le stade de l'insalubrité était presque atteint. En entrant dans la grisaille du bâtiment B où étaient entreposés les affaires nécessaires, je remarquais encore cette humidité présente et envahissante. Dans le hall du bâtiment, sur une rangée de tables en bois usé, étaient posés nos uniformes, il y avait 5 uniformes de chaque taille.

 

Un peu étonnés de ne voir aucun garde, nous prîmes tranquillement un uniforme chacun avant de l'enfiler tout aussi tranquillement. En moi, je resentais le doute, pourquoi un uniforme si le front est à une centaine de kilomètres? Je ne trouvais pas de réponse, mais je n'imaginais encore rien de ce qui allait m'arriver. Une fois dans la cour, on ne nous fit même pas nous mettre au garde-à-vous, le vieil officier qui nous avait accueilli paraissait encore plus dépité que quelques instants plus tôt. Il avait un regard de plus en plus triste à mesure qu'il regardait nos têtes de gamins de la campagne allemande. Soudain, deux soldats arrivèrent, chargés de fusils. Ils les déposèrent devant notre groupe, puis, l'officier se mit à parler d'une voix forte, mais un peu tremblante. De son discours, je ne me souviens plus de grand chose, les années sont venues à boût des détails trop précis. Une seule phrase me revient souvent: "L'Allemagne a besoin de vous, votre devoir est de servir votre pays." Si j'avais su à quoi revenait 'servir son pays' je me serais exilé.

 

Après ce discours qui devait nous rester dans la tête au minimum une heure, il nous commanda de nous équiper d'un fusil. Il nous expliqua comment s'en servir et nous mit en garde, ils étaient déjà chargés. Encore une fois, mon apréhension augmenta, pourquoi? Pourquoi ces fusils chargés alors que nous n'étions pas prêt d'affronter des ennemis? Après avoir pris nos armes en main, on nous conduisit derrière les barraquements. Là, au milieu des herbes folles, se dressaient, au premier plan, 5 poteaux et derrière, 3 autres lignes semblables. Cette fois-ci, plus de doute, nous allions belle et bien accomplir une basse besogne. A l'époque, je n'étais pas conscient des horreurs de la guerre, je n'en savais que trop rien. Mes centres d'intérêts étaient à des lieues de celà, la campagne était mon monde, je n'en avais pas d'autre. J'allais en payer le prix fort.

 

On nous groupa par quatre, j'étais avec trois garçons dont les deux gosses de la boulangère qui étaient des amis d'enfance, pourtant, personne ne disait mot. Les liens qui nous unissaient disparaissaient sous le fracas des aléas d'un monde que nous ne comprenions pas bien. On nous plaça à quelques mètres du premier poteau, de sorte qu'on ne puisse rater notre cible. Dans ma tête tout se chamboula, je sentais que ma vie allait changer ici, je ne peux nier avoir eut envie de fuir, mais la traîtrise ne me paraissait pas une bonne idée. Alors je me souvins des paroles de mon père: "Quand tu fusilles quelqu'un, il y a une chance sur quatre pour que ce soit toi..." Ces paroles ne me rassurèrent pas, il y avait trois lignes, donc une chance sur quatre pour que ne tue personne, mais tuer qui? Des traîtres? Des innocents? Des ennemis?

 

Mes réflexions furent troublées lorsque le clairon retentit. On fit entrer les quatres premiers condamnés, à la vue de leurs uniformes, je faillis soudain. Des Allemands... On allait donc tuer nos compatriottes, cette issue était inimaginable, des ennemis, on aurait pu, mais là... La voix de l'officier retentit soudain, interrompant encore mes sombres pensées. Le son de sa voix n'était qu'une bouillie innaudible, de toute façon, je savais ce qui me restait à faire: lever mon fusil et attendre le prochain cri venant de mon supérieur. Ce deuxième cri ne se fit pas attendre, alors je pressai le détente de mon fusil, presque trop lourd pour ma carrure faiblarde. Le bruit fut assourdissant, et quand la fumée se dissipa, je réalisai que je n'avais même pas pris la peine d'observer celui que j'allais tuer. Il n'était pas plus vieux que moi, peut-être même plus jeune. Il avait les yeux bandés et la poitrine ensanglantée, sa tête tombait mais ses liens le retenaient de s'écrouler.

 

La vue de ce gamin, mort, me dégouta profondément, pourtant il allait falloir recommencer. Le vieil officier nous intima l'ordre d'avancer jusque vers la seconde ligne de poteaux. Nous passions donc juste à côté de nos victimes, bien que le tueur n'était pas identifié, je savais que tout le monde s'imaginait être le bourreau, j'en faisais partie. Tuer est bien plus simple qu'on le croit, il suffit d'appuyer sur un bout de fer et la mort s'abat, mais supporter ses actes, à moins d'être fou, est impossible. Je vis donc encore une fois ce visage, presque serein, ce gosse, là, sur son poteau d'exécution, cette image resta ancrée dans ma mémoire pour toujours. En arrivant en position de tir pour éliminer notre second compatriotte, on fit entrer les cinq hommes qui allaient se faire fusiller. Cette fois-ci, notre victime était plus âgée, mais malheureusement, j'eus le temps d'apercevoir son regard avant qu'il ne se fasse bander les yeux. Il avait le teint pâle mais un regard bleu-vif. Durant une fraction de seconde, il posa son regard sur moi, j'étais plein d'admiration pour ce jeune homme qui affrontait la mort en face et sans détour.

 

Encore une fois, la voix de l'officier, encore ce fusil levé, mais cette fois, je sentis ma main faiblir. J'avais une peine incroyable à peser cette détente et je cru que son poids s'était décuplé. Finalement, je réussis à appuyer cette maudite gachette dans les temps, mais, alors que la victime avait visiblement sucombée, je m'écroulais lourdement sur le sol, perdant conscience. Le vieux garde-chiourne ne me remarqua pas, mais un des fils de la boulangère qui faisait partie du même groupe que moi tenta de me relever, mais rien ne pouvait me tirer des ténèbres qui m'avaient envahies, je cru un instant que ce n'était qu'un cauchemar, que j'allais me réveiller, mais ce fut un coups de pied du vieil officier qui me tira de l'inconscience.

 

Il me hurla de me lever, ce que je fis avec grand peine, il se remit alors à son poste et attendit. Mes camarades étaient déjà à la victime suivante qui, elle, avait les cheveux bruns et tremblait de toute part. J'arrivais enfin à leurs côtés. Le dernier, pensais-je en levant une dernière fois mon fusil. A travers le viseur de mon arme, je voyais de grosses goutes de sueur perler sur le front du futur exécuté, il avait dû attendre plusieurs minutes qu'on me fasse relever et l'attente de la mort dans ces cas doit être encore plus horrible, plus cruelle... Malgré celà, il demeurait conscient et semblait presque impatient, tant la position qui lui était infligée était déplaisante et humiliante. Enfin, le vieux nous cria de tirer. Cette fois, la moiteur de mes mains fit glisser mes doigts, dans un instant qui sembla une éternité, j'eus l'impression que mon doigt ne voulait pas appuyer sur cette gachette, mais au final, le coups partit quand même.

 

Après ces exécutions, on ne nous donna aucune information, rien. Un garde nous demanda de remettre nos uniformes civiles et de lui rendre les fusils, ce que nous fîmes, non sans étonnement. On nous lâcha à la sortie des barraquements sans un mot. Là, certains se mirent à courir vers le centre de Leipzig, d'autres, dont moi, s'écroulèrent sur le sol, attérés par leurs propres actes. Pourquoi nous? Pourquoi? Nous avions tués alors que nous n'avions jamais vu d'arme, sinon que dans un manuel d'histoire. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, sur le bord de la route, allongé à même le sol. C'était surréaliste, jamais je n'aurais imaginé vivre quelque chose comme ça.

 

Du reste je me souviens plus, mais je sais que j'ai attéri à Hambourg, et que j'ai finis docker, à l'opposé de cette histoire, loin de toutes ces attrocités. Malgré celà, le passé vous rattrape toujours, et il ne m'a pas manqué. J'ai subis le calvaire, je tentais de me rassurer en me disant que ce n'était pas moi qui l'avait tué mais le doute était trop grand et je finissais toujours par revenir à la même évidence: j'avais tué mon semblable. Je n'ai jamais raconté cette histoire, j'ai attendu aujourd'hui. D'ailleurs je ne sais pas pourquoi j'ai attendu, peut-être la honte, sûrement la honte, mais les nuits de mon existence ont été envahies par ce jour maudit où j'ai été condamné à 'servir l'Allemagne'.

 

Voilà, histoire banale, d'un jeune homme trop tranquille, histoire à présent d'un vieillard modeste qui s'en va en paix, le coeur soulagé d'avoir enfin transmit l'évènement de sa vie, pour que la peine soit moins lourde.

 

A tous les 'fusillés pour l'exemple'.

Par Frank' - Publié dans : Divagations Transcendantes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus