| Novembre 2009 | ||||||||||
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Des tessons de bouteilles savamment placés sur cette petite route de campagne. Dans quelques heures son forfait sera accompli, il ne sera même pas là pour voir les conséquences de ses actes. En travers de ce passage, peu fréquenté, il dispose calmement chacun de ses morceau, comme il l'a souvent fait, sur d'autres routes, sur d'autres chemins qu'il barre, maladivement.
Ce n'est presque pas de sa faute, s'il s'est laissé prendre à un jeu qu'il ne maîtrisait absolument pas. S'il ne savait pas qu'on pouvait prendre du plaisir à remodeler ces morceaux de chair détruis, démolis. Il ne pensait pas, en devenant chirurgien qu'il finirait par prendre un malin plaisir à voir arriver des corps toujours plus défigurés, pour les rendre presque parfaits, pour faire des hommes ses trophées de chasse. Et parfois ça rate, échec critique, ça ne fait rien, juste une place de plus à la morgue.
Tic tac, tic tac, dans la salle des urgences, il attend son heure. Il attend qu'enfin on amène ces blessés, ces défigurés, ces vies sur le point de se briser. Alors il sent la puissance en lui, oui, il a le pouvoir sur des anonymes, il a le pouvoir de briser puis de rebâtir des vies. Mais surtout il a le plaisir de travailler ces sculptures sur peau, de changer ce qui aurait été perdu à jamais. Ce soir on a amené une fillette de huit ans, la sienne, échec critique, la morgue est pleine.