Lentement, très lentement, la feuille se détache de sa branche.
Au fond de la cour, les traits du tueur sont tirés, il hésite entre pleine confiance et doute de celui qui n'a jamais échoué. Il balance entre arrogance et peur viscérale de ce qui pourrait arriver. Pourtant c'est un meurtre de plus, une cigarette de plus à tirer de sa poche et une satisfaction intense à tirer de cette fumée qui s'échappe, qui tourne au dessus du corps meurtri d'un autre qui s'est dressé en travers de la route d'autres gens que le tueur ne connait même pas, de ces gens complètement fictifs, et pourtant redoutables.
Morte, la feuille poursuit sa course à travers le ciel, elle tourbillonne, lentement, au gré du vent.
La proie sort de sa cage, cette cage dans lequelle elle aurait dû rester, si seulement elle avait su que le loup veillait à l'entrée. Pourtant on ne voit jamais le loup blanc quand il se terre dans la neige.
La feuille, dans un dernier élan, tente d'éviter le sol, mais elle est condamnée.
Clic. Le pistolet est chargé. Clac. Le coup est parti. Lentement, très lentement, la balle arrive. Alors dans un dernier regard, fier et digne, la proie regarde le loup, le tueur.
Sur le béton, la feuille se pose enfin, doucement. Pourtant de la violence se dégage de cette scène. La vie n'est plus rien, l'automne est là.