Une fraction de seconde, une de trop. Encore une fois il s'évade vers les confins dévastés et amers de ces mondes qu'il créé. Bruyamment, il sort de son corps, de son esprit, il quitte toute les dimensions connues et part s'évader, loin, très loin de la conscience...
Des mains froides, très froides, au fond de ce cachot étrange. A bien y regarder, il y avait dans cet endroit tout pour dire qu'il s'agît là d'une chambre: des meubles qu'on réserve aux enfants, de ces horribles fournitures d'intérieur aux couleurs criardes censées représenter l'insouciance et la félicité des plus jeunes, il y avait aussi dans cette pièce une lampe de table mais l'ampoule semblait ne plus fonctionner, la fenêtre était crasseuse, et de toute façon le paysage n'était guère plus intéressant; aucune banlieue ne l'est, à proprement parler. Et puis soudain, cette main, sortie de nulle part, cette terreur indescriptible et puis plus rien.
Un rayon de soleil, les ombres de midi, faibles, recluses sur elles-mêmes, repliées, cédant toujours plus à la lumière. Il y avait une grande tente qui protégeait la terrasse de ce qui semblait un restaurant, sous cette tente, s'abritaient des visages étranges, comme plastifiés, figés dans la tranquillité de la mi-journée. Ils regardaient tous vers ce corps étranger, vers ce qui faisait que j'existais pour eux, ils me fixaient de leurs yeux morts, tout leur être regardait vers moi, me scrutait et ne disait rien. Alors l'un d'eux se déforma horriblement, tout à fait horriblement, son faciès de cire se rapprochait de moi, je perdis pied, trébuchait, tentais de reculer, mais il continuait de se déformer en me fixant. Il souriait.
L'espoir de revenir dans notre monde, il l'a parfois eu, la nostalgie des instants de lucidité le prend encore, au plus profond de la nuit, mais décidément, il n'y a plus rien de bon pour lui dans le monde rationnel, plus rien de compréhensible. Tout est si étrange, si lointain.